Quand j’étais jeune, je passais l’été dans un camp de vacances au parc provincial Algonquin. Je suis encore très attaché à l’endroit, et tous les étés, je me rends dans mon chalet qui se trouve à une trentaine de kilomètres de l’entrée ouest. Depuis les années soixante, j’ai intégré le mantra voulant que l’exploitation forestière doive être complètement interdite dans le parc. La Wildlands League se bat pour y mettre fin depuis 1968, et sur son site Web, elle soutient encore que « l’exploitation forestière doit cesser dans le parc. La forêt ancienne, les lacs à truites mouchetées et les ruisseaux doivent immédiatement être protégés, et 40 % des chemins doivent être fermés et rendus à la nature. »
C’est donc avec une certaine appréhension que j’ai accepté l’invitation de WoodWorks et de l’Ontario Forest Industry Association à participer à une visite immersive du secteur forestier sur le thème de la gestion durable de la forêt à la récolte au moyen du sciage et de la transformation du bois. J’ai beau écrire souvent sur la conception et la construction de bâtiments en bois, je crains que, pour paraphraser Bismarck, les produits qui tirent leur origine de la forêt soient comme les saucisses. C’est mieux de ne pas voir comment on les fabrique. Comment est-ce qu’un vieux hippie comme moi réagirait à la vue de bûcherons qui abattent des arbres dans le parc Algonquin si cher à mon cœur?
La route de Pembroke jusqu’au parc, sur la banquette arrière de la camionnette de Steve Bursey, directeur des opérations de l’Algonquin Forestry Authority, s’est avérée très intéressante. À chaque borne kilométrique franchie, il communiquait notre position par radio pour signaler notre passage aux gigantesques camions grumiers. À notre arrivée, nous nous sommes arrêtés dans une clairière située dans une partie du parc où de l’abattage était en cours.
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Un ami de la forêt
chez les bûcherons : Réflexions forestières
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J’aimerais que tous les architectes et les concepteurs qui travaillent avec du bois puissent faire un tel voyage dans la forêt et visiter des usines pour découvrir la chaîne de valeur en entier. La transformation du bois n’a rien à voir avec la fabrication de l’acier ou du béton. La production d’une pièce de bois commence toujours avec le marquage d’un arbre dans la forêt pour indiquer qu’il s’agit d’un bon candidat à la récolte. La scierie fonctionne comme un boucher qui utilise toutes les parties de l’animal, et pour arriver à joindre les deux bouts, la moindre parcelle de sciure de bois doit être récupérée.
Si tout le monde pouvait voir les compétences, le soin et l’investissement de génération en génération consacré à la production de ce matériau durable et renouvelable, le bois ne serait pas sous-évalué.
Et après avoir passé ma vie à entendre que l’exploitation forestière devrait cesser dans le parc, j’ai appris qu’elle fait autant partie de la culture et du tissu du parc Algonquin, sinon plus que moi, un poseur avec son canot Chestnut rouge.
Photo : Donald Chong
Photo : Lloyd Alter
Photo : Lloyd Alter
Photo : Lloyd Alter
Photo : Lloyd Alter
Photo : Lloyd Alter
Photo : Lloyd Alter
Les rondins dont la qualité est jugée suffisante pour produire du bois de sciage sont écorcés et transportés dans la scierie, où ils passent et repassent dans une scie à ruban géante qui les coupe comme un couteau dans du beurre.
L’érable ainsi produit est principalement destiné à un usage industriel. Dans l’industrie de l’acier, il sert principalement de blocage, et dans l’industrie de la construction, d’arrimage. C’est quelque chose qui m’a vraiment étonné. L’érable est dur et sa résistance à la compression est grande, et ces qualités sont toutes indiquées pour un tel usage. Cela dit, c’est une sous-utilisation flagrante d’une ressource précieuse.
Un peu plus loin, à Eganville, nous avons rendu visite à Lavern Heideman & Sons, une jeunesse dans l’industrie qui est en activité depuis seulement trois générations. Son usine de rabotage produit des modèles standard à l’aide d’outils informatisés. Sa salle des ordinateurs ne serait pas déplacée dans un programme spatial. À elles seules, les mèches de la raboteuse valent 20 000 $ chacune. Encore une fois, je suis étonné de voir la quantité d’efforts, de machineries et de main-d’œuvre qualifiée nécessaires pour fabriquer ce que je croyais être un produit d’une grande simplicité.
Heideman possède un gigantesque entrepôt automatisé où deux employés sont capables de faire le travail de quarante personnes. On y trouve un bâtiment doté de portes de garage géantes pour le séchage du bois au séchoir. Tout ceci demande un investissement colossal dans la technologie et les infrastructures. Au moment d’écrire ces lignes, l’industrie du logement traverse une crise et la demande pour les produits de l’entreprise n’est pas très forte, mais Kris Heideman affirme que son entreprise est déjà passée par là.
Pour qu’une entreprise soit rentable, elle doit essayer de tirer le maximum de valeur de la grume. L’écorce est vendue pour l’aménagement paysager, environ la moitié du bois est déchiqueté et vendu à la fabrication de pâte à papier et un quart devient de la sciure de bois expédiée à Pembroke, où elle sera ensuite transformée en panneaux MDF. Le quart qui reste, principalement de l’érable noir, devient du bois utilisable. Le marché des produits résiduels a perdu de la vitesse, notamment en raison du déclin du secteur des pâtes et papiers.
Jamie McRae et son frère John sont la cinquième génération de McRae à diriger la scierie de Whitney en Ontario. La visite de leurs installations a été le deuxième choc de la visite. La transformation du bois est en effet un travail pénible et laborieux.
Nous avons assisté à deux opérations. Dombroski & Sons a abattu des arbres de la longueur d’un poteau de téléphone, tandis que Ben Hokum & Son les coupait plus courts avant de les sortir de la forêt sur un camion John Deere d’une grosseur phénoménale. L’opérateur les a ensuite empilés et poussés en place comme s’il s’agissait de vulgaires cure-dents. Tout aura disparu avant l’arrivée des touristes à l’été.
La visite du parc est venue ébranler toutes mes certitudes sur l’exploitation forestière. Le parc Algonquin a vu le jour en 1893 en tant que « parc public, réserve forestière, réserve de poissons et de gibier, station de cure et espace de loisirs pour le bénéfice et le plaisir des habitants de la province. » L’autre raison d’être du parc était la protection des intérêts de l’industrie forestière des villes, des fermes et des chalets typiques de Muskoka qui empiétaient sur son territoire.
Donald Lloyd écrit :
« Le conflit entre les bûcherons et les personnes qui font un usage récréatif du parc Algonquin est toujours bien présent, mais loin des yeux du grand public. Le Plan de gestion du parc provincial Algonquin et la présence de l’Algonquin Forestry Authority sont des exemples remarquables de compromis acceptable pour toutes les parties. Le plus important, c’est que le parc Algonquin a gardé toute sa magie. »
À partir de là, le bois est acheminé à l’extérieur de Pembroke, où les grumes sont triées selon l’essence, la taille et la qualité. L’Algonquin Forestry Authority vend ensuite le bois aux scieries et l’argent ainsi obtenu finance les opérations. L’organisme se fait parfois reprocher de faire passer le développement durable avant les considérations économiques, comme le note Jamie McRae, de la McRae Lumber Company. Il confie que « gagner [sa] vie est devenu plus difficile. »
Sauf que ça n’avait pas du tout l’air d’être de l’exploitation forestière. Ça ressemblait… au parc Algonquin. Ceci est dû à la pratique sylvicole de la coupe partielle, où les forestiers de l’Algonquin Forestry Authority marquent les arbres dont la coupe est autorisée. Dans son livre Algonquin Harvest - the history of the McRae Lumber Company, Donald Lloyd écrit :
« Le marquage est le produit de pratiques de gestion forestière respectueuses de l’environnement qui tiennent compte de la sylviculture, de la diversité des espèces, de l’habitat des poissons et de la faune et des valeurs récréatives, plutôt que des priorités économiques de la récolte. Les personnes qui procèdent au marquage des arbres tiennent compte de certains, ou même de tous les éléments suivants : la diversité des espèces d’arbres, les sites de mise bas des orignaux, les cavités d’alimentation et de nidification, les nids de branches, les arbres à fruits et à noix pour les oiseaux et les mammifères, ainsi que les héronnières. Parmi les autres éléments importants, il y a les besoins pour l’hivernage des cerfs et des orignaux, l’habitat des poissons, le dénivelé des pentes et l’envasement, ainsi que l’emplacement des itinéraires de canotage et des sites de camping. »
L’aspect esthétique de la coupe partielle entre aussi en jeu. Elle cherche à reproduire l’effet d’une infestation d’insectes, d’un feu de forêt ou d’une explosion aérienne. C’est tout le contraire de l’image de l’exploitation forestière que se font les campeurs de la grande ville. Enfin, tout cela se fait au plus fort de l’hiver, quand il n’y a ni tortues ni touristes dans les parages.
Quand j’étais jeune, je passais l’été dans un camp de vacances au parc provincial Algonquin. Je suis encore très attaché à l’endroit, et tous les étés, je me rends dans mon chalet qui se trouve à une trentaine de kilomètres de l’entrée ouest. Depuis les années soixante, j’ai intégré le mantra voulant que l’exploitation forestière doive être complètement interdite dans le parc. La Wildlands League se bat pour y mettre fin depuis 1968, et sur son site Web, elle soutient encore que « l’exploitation forestière doit cesser dans le parc. La forêt ancienne, les lacs à truites mouchetées et les ruisseaux doivent immédiatement être protégés, et 40 % des chemins doivent être fermés et rendus à la nature. »
C’est donc avec une certaine appréhension que j’ai accepté l’invitation de WoodWorks et de l’Ontario Forest Industry Association à participer à une visite immersive du secteur forestier sur le thème de la gestion durable de la forêt à la récolte au moyen du sciage et de la transformation du bois. J’ai beau écrire souvent sur la conception et la construction de bâtiments en bois, je crains que, pour paraphraser Bismarck, les produits qui tirent leur origine de la forêt soient comme les saucisses. C’est mieux de ne pas voir comment on les fabrique. Comment est-ce qu’un vieux hippie comme moi réagirait à la vue de bûcherons qui abattent des arbres dans le parc Algonquin si cher à mon cœur?
La route de Pembroke jusqu’au parc, sur la banquette arrière de la camionnette de Steve Bursey, directeur des opérations de l’Algonquin Forestry Authority, s’est avérée très intéressante. À chaque borne kilométrique franchie, il communiquait notre position par radio pour signaler notre passage aux gigantesques camions grumiers. À notre arrivée, nous nous sommes arrêtés dans une clairière située dans une partie du parc où de l’abattage était en cours.
ARTICLE VEDETTE
Un ami de la forêt
chez les bûcherons : Réflexions forestières
Photo : Donald Chong
J’aimerais que tous les architectes et les concepteurs qui travaillent avec du bois puissent faire un tel voyage dans la forêt et visiter des usines pour découvrir la chaîne de valeur en entier. La transformation du bois n’a rien à voir avec la fabrication de l’acier ou du béton. La production d’une pièce de bois commence toujours avec le marquage d’un arbre dans la forêt pour indiquer qu’il s’agit d’un bon candidat à la récolte. La scierie fonctionne comme un boucher qui utilise toutes les parties de l’animal, et pour arriver à joindre les deux bouts, la moindre parcelle de sciure de bois doit être récupérée.
Si tout le monde pouvait voir les compétences, le soin et l’investissement de génération en génération consacré à la production de ce matériau durable et renouvelable, le bois ne serait pas sous-évalué.
Et après avoir passé ma vie à entendre que l’exploitation forestière devrait cesser dans le parc, j’ai appris qu’elle fait autant partie de la culture et du tissu du parc Algonquin, sinon plus que moi, un poseur avec son canot Chestnut rouge.
Photo : Lloyd Alter
Photo : Lloyd Alter
Les rondins dont la qualité est jugée suffisante pour produire du bois de sciage sont écorcés et transportés dans la scierie, où ils passent et repassent dans une scie à ruban géante qui les coupe comme un couteau dans du beurre.
L’érable ainsi produit est principalement destiné à un usage industriel. Dans l’industrie de l’acier, il sert principalement de blocage, et dans l’industrie de la construction, d’arrimage. C’est quelque chose qui m’a vraiment étonné. L’érable est dur et sa résistance à la compression est grande, et ces qualités sont toutes indiquées pour un tel usage. Cela dit, c’est une sous-utilisation flagrante d’une ressource précieuse.
Un peu plus loin, à Eganville, nous avons rendu visite à Lavern Heideman & Sons, une jeunesse dans l’industrie qui est en activité depuis seulement trois générations. Son usine de rabotage produit des modèles standard à l’aide d’outils informatisés. Sa salle des ordinateurs ne serait pas déplacée dans un programme spatial. À elles seules, les mèches de la raboteuse valent 20 000 $ chacune. Encore une fois, je suis étonné de voir la quantité d’efforts, de machineries et de main-d’œuvre qualifiée nécessaires pour fabriquer ce que je croyais être un produit d’une grande simplicité.
Heideman possède un gigantesque entrepôt automatisé où deux employés sont capables de faire le travail de quarante personnes. On y trouve un bâtiment doté de portes de garage géantes pour le séchage du bois au séchoir. Tout ceci demande un investissement colossal dans la technologie et les infrastructures. Au moment d’écrire ces lignes, l’industrie du logement traverse une crise et la demande pour les produits de l’entreprise n’est pas très forte, mais Kris Heideman affirme que son entreprise est déjà passée par là.
Pour qu’une entreprise soit rentable, elle doit essayer de tirer le maximum de valeur de la grume. L’écorce est vendue pour l’aménagement paysager, environ la moitié du bois est déchiqueté et vendu à la fabrication de pâte à papier et un quart devient de la sciure de bois expédiée à Pembroke, où elle sera ensuite transformée en panneaux MDF. Le quart qui reste, principalement de l’érable noir, devient du bois utilisable. Le marché des produits résiduels a perdu de la vitesse, notamment en raison du déclin du secteur des pâtes et papiers.
Photo : Lloyd Alter
Photo : Lloyd Alter
Nous avons assisté à deux opérations. Dombroski & Sons a abattu des arbres de la longueur d’un poteau de téléphone, tandis que Ben Hokum & Son les coupait plus courts avant de les sortir de la forêt sur un camion John Deere d’une grosseur phénoménale. L’opérateur les a ensuite empilés et poussés en place comme s’il s’agissait de vulgaires cure-dents. Tout aura disparu avant l’arrivée des touristes à l’été.
La visite du parc est venue ébranler toutes mes certitudes sur l’exploitation forestière. Le parc Algonquin a vu le jour en 1893 en tant que « parc public, réserve forestière, réserve de poissons et de gibier, station de cure et espace de loisirs pour le bénéfice et le plaisir des habitants de la province. » L’autre raison d’être du parc était la protection des intérêts de l’industrie forestière des villes, des fermes et des chalets typiques de Muskoka qui empiétaient sur son territoire.
Donald Lloyd écrit :
« Le conflit entre les bûcherons et les personnes qui font un usage récréatif du parc Algonquin est toujours bien présent, mais loin des yeux du grand public. Le Plan de gestion du parc provincial Algonquin et la présence de l’Algonquin Forestry Authority sont des exemples remarquables de compromis acceptable pour toutes les parties. Le plus important, c’est que le parc Algonquin a gardé toute sa magie. »
À partir de là, le bois est acheminé à l’extérieur de Pembroke, où les grumes sont triées selon l’essence, la taille et la qualité. L’Algonquin Forestry Authority vend ensuite le bois aux scieries et l’argent ainsi obtenu finance les opérations. L’organisme se fait parfois reprocher de faire passer le développement durable avant les considérations économiques, comme le note Jamie McRae, de la McRae Lumber Company. Il confie que « gagner [sa] vie est devenu plus difficile. »
Photo credit: Lloyd Alter
Jamie McRae et son frère John sont la cinquième génération de McRae à diriger la scierie de Whitney en Ontario. La visite de leurs installations a été le deuxième choc de la visite. La transformation du bois est en effet un travail pénible et laborieux.
Photo : Lloyd Alter
Photo : Lloyd Alter
Sauf que ça n’avait pas du tout l’air d’être de l’exploitation forestière. Ça ressemblait… au parc Algonquin. Ceci est dû à la pratique sylvicole de la coupe partielle, où les forestiers de l’Algonquin Forestry Authority marquent les arbres dont la coupe est autorisée. Dans son livre Algonquin Harvest - the history of the McRae Lumber Company, Donald Lloyd écrit :
« Le marquage est le produit de pratiques de gestion forestière respectueuses de l’environnement qui tiennent compte de la sylviculture, de la diversité des espèces, de l’habitat des poissons et de la faune et des valeurs récréatives, plutôt que des priorités économiques de la récolte. Les personnes qui procèdent au marquage des arbres tiennent compte de certains, ou même de tous les éléments suivants : la diversité des espèces d’arbres, les sites de mise bas des orignaux, les cavités d’alimentation et de nidification, les nids de branches, les arbres à fruits et à noix pour les oiseaux et les mammifères, ainsi que les héronnières. Parmi les autres éléments importants, il y a les besoins pour l’hivernage des cerfs et des orignaux, l’habitat des poissons, le dénivelé des pentes et l’envasement, ainsi que l’emplacement des itinéraires de canotage et des sites de camping. »
L’aspect esthétique de la coupe partielle entre aussi en jeu. Elle cherche à reproduire l’effet d’une infestation d’insectes, d’un feu de forêt ou d’une explosion aérienne. C’est tout le contraire de l’image de l’exploitation forestière que se font les campeurs de la grande ville. Enfin, tout cela se fait au plus fort de l’hiver, quand il n’y a ni tortues ni touristes dans les parages.