Note de l’auteur : J’ai le regret de vous informer que cet article porte uniquement sur la construction d’un refuge en milieu alpin (qui est, soit dit en passant, l’habitat naturel du porc-épic), et sur la manière de le faire de manière efficacement par rapport au coût. Il ne contient pas la moindre idée sur la manière de tenir ces vilains animaux à distance, ou à tout le moins responsables de leurs crimes contre l’humanité, la Terre ou Dieu.

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Déplacement de bois massif (et de pierres tout aussi massives) sans grue

L’hélicoptère n’a pas seulement décidé du déplacement des matériaux. Il est très tentant de se contenter de l’utiliser pour assembler les grandes pièces de bois d’œuvre et de bois massif, mais c’est une approche très coûteuse. En plus de faire attention à respecter le budget, nous savions que nous devions éviter de perdre des jours ou des semaines en raison des conditions météorologiques, des feux de forêt ou d’autres retards. Tout devrait donc être soulevé et installé à l’ancienne.

C’est pourquoi nous avons fait le choix délibéré d’utiliser de planches bouvetées de 3 po au lieu de grands panneaux de bois laminé-chevillé ou de bois lamellé-croisé. Les planches bouvetées permettent de tout installer à la main, même les énormes poutres du toit, en ayant recours à des techniques de levage mécaniques simples. Le résultat est une structure avec tous les avantages du bois massif, mais qui peut être entièrement assemblée par une équipe de cinq personnes. Les poutres étaient d’une longueur raisonnable, et elles ont toutes été inclinées ou soulevées à l’aide de techniques de montage traditionnelles.

Nous avons également pensé creuser « à l’ancienne », mais cette suggestion s’est avérée impopulaire auprès des personnes qui finiraient par tenir les pelles. Dans une de nos solutions les plus inhabituelles, nous avons démonté une excavatrice avant de la transporter pièce par pièce et de la réassembler sur place.

Ceci s’est avéré le bon choix. Nos estimations étaient fondées sur les informations anecdotiques tirées des études initiales, vieilles de plusieurs décennies, qui suggéraient que le site était entièrement composé de gravier et de sable alluvionnaires. Il semble que le gravier se soit très bien porté depuis, et que le sable ait quitté les lieux, car nous avons plutôt trouvé des blocs rocheux de plusieurs milliers de kilos entre lesquels coulaient des rivières souterraines. Quelques bris de marteaux-piqueurs plus tard, nous avons fini par installer les semelles, et le bruit a suffi à tenir nos amis à épines à l’écart, du moins pour un temps.

À l’intérieur, le bois massif donne une impression de calme qui contraste avec l’échelle extérieure. La chaleur des planches bouvetées, les lourds poteaux en sapin et la façon dont l’intérieur retient la lumière contribuent à un sentiment de calme qui est rare dans les bâtiments en haute montagne. En fin de journée, quand le soleil se reflète sur la face nord du mont Robson et projette une douce lueur à travers les fenêtres, l’intention derrière le projet prend tout son sens : une structure durable et fonctionnelle entièrement façonnée par l’environnement qui l’entoure.

À la fin du mois d’octobre, à peine quatre mois et demi après que le premier coup de tronçonneuse, la construction du refuge était presque terminée. Cela tombait bien, parce que l’hiver était arrivé depuis deux semaines dans la montagne en nous enlevant notre douche. Nous avons déneigé nos tentes, plié bagage et laissé les porcs-épics vivre leur vie jusqu’à ce que le soleil se remette à faire fondre la neige dans six mois.

Le Club alpin du Canada s’occupera ensuite d’installer le mobilier et testera les systèmes au printemps. Nous attendons tous avec une grande impatience l’ouverture du refuge à l’été 2026!

Fin des travaux et perspectives d’avenir
Nous avons abordé ce projet avec une obsession pour la coordination et la continuité, et une planification extrême. Nos chefs de projet internes se sont occupés de tout, de l’aménagement et des concepts de conception lors de la préparation de la réponse à l’appel d’offres, de la préfabrication et de l’installation finale. Cette continuité, qui misait sur des concepteurs expérimentés qui construisent ce qu’ils ont eux-mêmes conçu, est un des principaux facteurs de la réussite de ce projet.

Le bois massif est souvent évoqué dans un contexte de densification urbaine et de stockage du carbone, mais dans un environnement alpin, ses avantages sont encore plus concrets. Le bois dégage une impression de chaleur dans un paysage hivernal. Il absorbe les sons de manière à ce que même les petits espaces soient calmes et tolère les variations rapides de température qui pourraient abîmer des systèmes de construction plus légers. Mais surtout, et c’est sa principale qualité dans un refuge en montagne, il vieillit bien.

Le refuge de Robson Pass est simple, pratique et beau, en plus d’être bien intégré au paysage environnant. Bien que le design soit modeste, il est d’une grande clarté. Le toit profond en porte-à-faux, les poutres de toit surdimensionnées et la géométrie nette de la charpente expriment bien les forces réelles à l’œuvre dans un environnement alpin, sans ornement ni fioriture architecturale. Le refuge a l’air fait pour le paysage, et non le contraire.

Conception basée sur la structure
Dans la plupart des bâtiments, ce sont les considérations architecturales qui déterminent la façon de faire. Ici, c’est la structure qui devait primer. À cause des lourdes charges de neige à Robson Pass, le choix s’est arrêté sur des poutres de toit avec une section transversale de 10 po sur 18 po en sapin de Douglas de qualité structurale. Les conditions du sol et l’aspect pratique de l’excavation ont influencé la conception des fondations. Enfin, la facilité d’assemblage a été une considération majeure dans la taille, la forme et l’aménagement du refuge. Les complications liées au porc-épic n’ont cependant pas été prises en compte.

Dès le départ, nous avons envisagé le refuge comme un hybride de bois massif : une ossature bois conventionnelle enveloppée sur tous les côtés de platelage à rainure et languette de trois pouces d’épaisseur. Cet assemblage a permis de créer une enveloppe solide, silencieuse et très résistante qui offre des performances exceptionnelles en matière de cycles thermiques et qui résiste en outre aux vibrations et au « tambourinage » fréquents dans les structures légères à ossature en bois en milieu alpin. Le Club alpin voulait une construction écoresponsable et simple dont l’esthétique s’intègre bien au paysage environnant. Le bois massif nous a permis d’atteindre tous ces objectifs sans avoir recours à de la machinerie lourde sur le site.

Les caractéristiques inhérentes au bois massif sont particulièrement bien adaptées aux particularités d’un tel refuge parce que la masse thermique de la structure permet d’atténuer les cycles thermiques dus notamment aux entrées et aux sorties constantes et à l’utilisation intermittente du poêle à bois. La structure de bois permet aussi d’absorber et d’évacuer l’humidité au fil de la journée et de la semaine au gré des conditions météorologiques en haute montagne. L’aménagement intérieur et l’attention portée à l’isolation acoustique entre les étages assurent que les personnes couchées ne seront pas dérangées par un grand groupe à l’étage supérieur, une amélioration bienvenue dans un espace de cohabitation comme celui-ci.

Comme l’ossature du refuge est en bois d’œuvre, nous avons pu utiliser des fondations sur pieux ponctuels, ce qui demande beaucoup moins de béton et moins de travaux d’excavation qu’une semelle filante ou un mur de fondation traditionnel. Moins de béton signifiait aussi moins d’heures de vol, moins de perturbations au sol et, enfin, un impact moindre sur le fragile terrain alpin.

Mise en place d’un chantier éloigné
L’aire d’entreposage temporaire du mont Robson est située au milieu d’une vie sauvage active et en pleine santé. En revanche, il n’y a ni électricité, ni couverture cellulaire, ni équipement de déchargement. La réalité sur le terrain a façonné la logistique autant que n’importe quelle décision de conception. Chaque livraison a dû être chargée sur des remorques dans l’ordre inverse et soigneusement emballée pour que l’hélicoptère puisse la soulever directement sans avoir à déplacer le matériel une fois sur place.

Dans le but d’optimiser le mouvement des matériaux, nous avons travaillé en étroite collaboration avec la compagnie d’hélicoptères, au point de chorégraphier les poids des charges de manière à ce que la première charge de chaque cycle de carburant soit la plus légère et la dernière la plus lourde, en tirant parti de la capacité de levage de l’appareil qui augmente au fur et à mesure de la consommation du carburant. Tous les matériaux ont été pesés, étiquetés et installés sur des palettes à l’avance, et nous avons construit des caisses sur mesure qui protégeaient les matériaux fragiles. Celles-ci étaient aussi conçues pour être réutilisées dans la structure du refuge dans le but d’éliminer les déchets et d’économiser le temps de vol.

Dans la construction en montagne, c’est l’hélicoptère qui décide de l’horaire. À cause des conditions météorologiques, les vols peuvent être interrompus pendant des jours ou des semaines sans avertissement. Pendant les années où il y a beaucoup de feux de forêt, les vols de construction peuvent être cloués au sol pendant des mois, parce que tous les hélicoptères sont réquisitionnés par la lutte contre les incendies. Pour cette raison, nous avons décidé de transporter la majorité des matériaux de construction dès la fonte des neiges, avant même que le site ne soit entièrement déblayé.

Sur place, une équipe de cinq personnes a vécu dans un campement temporaire construit au début du projet. En l’absence d’infrastructures, nous avons créé un système d’eau courante par pression hydrostatique à partir d’un ruisseau situé plus haut, et installé une cuisine complète et une douche alimentée par un chauffe-eau à gaz instantané. Starlink n’était bien sûr pas négociable. Le campement était protégé par une clôture électrique anti-ours, mais nous n’avons jamais vu d’ours et c’est plutôt des porcs-épics qui ont mangé notre échafaudage! Des porcs-épics qui ont mangé la plateforme de nos tentes! Des porcs-épics qui refusaient de quitter le sentier entre les tentes et les toilettes alors que nous n’avions pas un instant à perdre!

Pour être honnête, nous n’avons jamais vraiment trouvé la solution à nos problèmes de porcs-épics.

Préfabrication
En montagne, la fenêtre de construction est très courte. Nous nous attendions à ce que la neige fonde complètement à la mi-juin ou au début du mois de juillet, et à ce qu’il y ait une accumulation au sol dès le mois de septembre. Nous avons donc profité au maximum des mois d’hiver pour nous préparer. Le bâtiment a été entièrement préfabriqué et terminé dans notre atelier, y compris la teinture et le préassemblage. La préfabrication n’a pas seulement permis de gagner du temps sur le chantier, elle a aussi permis d’éliminer l’incertitude. Quand il n’y a pas d’autres moyens d’acheminer les matériaux que par les airs, ce n’est pas possible de courir à la quincaillerie du coin ou de modifier des composantes à la dernière minute.

En plus de produire les plans d’ingénierie, notre ingénieur structurel s’est aussi occupé des plans de fabrication. Ce choix atypique a été fait pour éliminer les erreurs de traduction qui peuvent se produire dans une séquence normale où l’ingénieur, le technicien CAD et le fabricant travaillent pour trois entreprises différentes. Sur un chantier isolé, ce n’est pas le moment de découvrir qu’il manque un pouce à une poutre!

La Situation
Le Club alpin du Canada exploite un vaste réseau de refuges à travers le Canada, dont la plupart se trouvent dans les montagnes de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. La forme et la construction des cabanes varient considérablement : certains ressemblent à des refuges d’héliski, et d’autres sont des cabanes en tôle pour deux personnes, perchées dans des endroits vertigineusement improbables. À certains endroits, la faune est épineuse.

Le dernier ajout au réseau de refuges se trouve dans l’un des endroits les plus spectaculaires et les plus populaires de la Colombie-Britannique. Robson Pass est situé à la lisière du parc provincial du Mont Robson et du parc national de Jasper, entre les lacs Berg et Adolphus, avec une vue sur les faces nord et Empereur. Le mont Robson est le sommet le plus célèbre des Rocheuses en Amérique du Nord et le point culminant des Rocheuses canadiennes. Depuis plus de cent ans, il est le théâtre de premières ascensions et descentes éprouvantes et mémorables qui font écho aux exploits de Conrad Kain. Il n’y a qu’une seule manière d’accéder au site : en franchissant un sentier de 22 kilomètres avec plus de 1 000 mètres de dénivelé… ou, dans notre cas, en hélicoptère.

En un siècle, de nombreuses leçons ont été tirées, et le Club alpin du Canada a tenu à construire son dernier refuge en utilisant la technologie moderne pour éviter certains des problèmes les plus courants dans ces bâtiments uniques. Outre les préoccupations structurelles et environnementales évidentes liées aux constructions en milieu alpin, les principaux objectifs étaient de régler les problèmes d’humidité et de bruits normaux en présence d’un grand nombre de personnes et d’équipements mouillés dans un espace restreint, et d’améliorer le confort thermique général.

Le contrat de conception et de construction a été attribué à Ennadai Woodworks au début de l’année 2025. Les locaux d’Ennadai sont situés dans la ville montagneuse de Golden en Colombie-Britannique et sa petite équipe est fière de compter dans ses rangs des passionnés du travail du bois et du plein air. Les membres de notre direction passent en effet une grande partie de leurs temps libres à explorer la montagne et à y servir de guide, et dans un cas particulier, à participer à des courses au sein de l’équipe nationale de ski alpinisme.

Note de l’auteur : J’ai le regret de vous informer que cet article porte uniquement sur la construction d’un refuge en milieu alpin (qui est, soit dit en passant, l’habitat naturel du porc-épic), et sur la manière de le faire de manière efficacement par rapport au coût. Il ne contient pas la moindre idée sur la manière de tenir ces vilains animaux à distance, ou à tout le moins responsables de leurs crimes contre l’humanité, la Terre ou Dieu.

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Déplacement de bois massif (et de pierres tout aussi massives) sans grue

L’hélicoptère n’a pas seulement décidé du déplacement des matériaux. Il est très tentant de se contenter de l’utiliser pour assembler les grandes pièces de bois d’œuvre et de bois massif, mais c’est une approche très coûteuse. En plus de faire attention à respecter le budget, nous savions que nous devions éviter de perdre des jours ou des semaines en raison des conditions météorologiques, des feux de forêt ou d’autres retards. Tout devrait donc être soulevé et installé à l’ancienne.

C’est pourquoi nous avons fait le choix délibéré d’utiliser de planches bouvetées de 3 po au lieu de grands panneaux de bois laminé-chevillé ou de bois lamellé-croisé. Les planches bouvetées permettent de tout installer à la main, même les énormes poutres du toit, en ayant recours à des techniques de levage mécaniques simples. Le résultat est une structure avec tous les avantages du bois massif, mais qui peut être entièrement assemblée par une équipe de cinq personnes. Les poutres étaient d’une longueur raisonnable, et elles ont toutes été inclinées ou soulevées à l’aide de techniques de montage traditionnelles.

Nous avons également pensé creuser « à l’ancienne », mais cette suggestion s’est avérée impopulaire auprès des personnes qui finiraient par tenir les pelles. Dans une de nos solutions les plus inhabituelles, nous avons démonté une excavatrice avant de la transporter pièce par pièce et de la réassembler sur place.

Ceci s’est avéré le bon choix. Nos estimations étaient fondées sur les informations anecdotiques tirées des études initiales, vieilles de plusieurs décennies, qui suggéraient que le site était entièrement composé de gravier et de sable alluvionnaires. Il semble que le gravier se soit très bien porté depuis, et que le sable ait quitté les lieux, car nous avons plutôt trouvé des blocs rocheux de plusieurs milliers de kilos entre lesquels coulaient des rivières souterraines. Quelques bris de marteaux-piqueurs plus tard, nous avons fini par installer les semelles, et le bruit a suffi à tenir nos amis à épines à l’écart, du moins pour un temps.

Mise en place d’un chantier éloigné
L’aire d’entreposage temporaire du mont Robson est située au milieu d’une vie sauvage active et en pleine santé. En revanche, il n’y a ni électricité, ni couverture cellulaire, ni équipement de déchargement. La réalité sur le terrain a façonné la logistique autant que n’importe quelle décision de conception. Chaque livraison a dû être chargée sur des remorques dans l’ordre inverse et soigneusement emballée pour que l’hélicoptère puisse la soulever directement sans avoir à déplacer le matériel une fois sur place.

Dans le but d’optimiser le mouvement des matériaux, nous avons travaillé en étroite collaboration avec la compagnie d’hélicoptères, au point de chorégraphier les poids des charges de manière à ce que la première charge de chaque cycle de carburant soit la plus légère et la dernière la plus lourde, en tirant parti de la capacité de levage de l’appareil qui augmente au fur et à mesure de la consommation du carburant. Tous les matériaux ont été pesés, étiquetés et installés sur des palettes à l’avance, et nous avons construit des caisses sur mesure qui protégeaient les matériaux fragiles. Celles-ci étaient aussi conçues pour être réutilisées dans la structure du refuge dans le but d’éliminer les déchets et d’économiser le temps de vol.

Dans la construction en montagne, c’est l’hélicoptère qui décide de l’horaire. À cause des conditions météorologiques, les vols peuvent être interrompus pendant des jours ou des semaines sans avertissement. Pendant les années où il y a beaucoup de feux de forêt, les vols de construction peuvent être cloués au sol pendant des mois, parce que tous les hélicoptères sont réquisitionnés par la lutte contre les incendies. Pour cette raison, nous avons décidé de transporter la majorité des matériaux de construction dès la fonte des neiges, avant même que le site ne soit entièrement déblayé.

Sur place, une équipe de cinq personnes a vécu dans un campement temporaire construit au début du projet. En l’absence d’infrastructures, nous avons créé un système d’eau courante par pression hydrostatique à partir d’un ruisseau situé plus haut, et installé une cuisine complète et une douche alimentée par un chauffe-eau à gaz instantané. Starlink n’était bien sûr pas négociable. Le campement était protégé par une clôture électrique anti-ours, mais nous n’avons jamais vu d’ours et c’est plutôt des porcs-épics qui ont mangé notre échafaudage! Des porcs-épics qui ont mangé la plateforme de nos tentes! Des porcs-épics qui refusaient de quitter le sentier entre les tentes et les toilettes alors que nous n’avions pas un instant à perdre!

Pour être honnête, nous n’avons jamais vraiment trouvé la solution à nos problèmes de porcs-épics.

Préfabrication
En montagne, la fenêtre de construction est très courte. Nous nous attendions à ce que la neige fonde complètement à la mi-juin ou au début du mois de juillet, et à ce qu’il y ait une accumulation au sol dès le mois de septembre. Nous avons donc profité au maximum des mois d’hiver pour nous préparer. Le bâtiment a été entièrement préfabriqué et terminé dans notre atelier, y compris la teinture et le préassemblage. La préfabrication n’a pas seulement permis de gagner du temps sur le chantier, elle a aussi permis d’éliminer l’incertitude. Quand il n’y a pas d’autres moyens d’acheminer les matériaux que par les airs, ce n’est pas possible de courir à la quincaillerie du coin ou de modifier des composantes à la dernière minute.

En plus de produire les plans d’ingénierie, notre ingénieur structurel s’est aussi occupé des plans de fabrication. Ce choix atypique a été fait pour éliminer les erreurs de traduction qui peuvent se produire dans une séquence normale où l’ingénieur, le technicien CAD et le fabricant travaillent pour trois entreprises différentes. Sur un chantier isolé, ce n’est pas le moment de découvrir qu’il manque un pouce à une poutre!

Conception basée sur la structure
Dans la plupart des bâtiments, ce sont les considérations architecturales qui déterminent la façon de faire. Ici, c’est la structure qui devait primer. À cause des lourdes charges de neige à Robson Pass, le choix s’est arrêté sur des poutres de toit avec une section transversale de 10 po sur 18 po en sapin de Douglas de qualité structurale. Les conditions du sol et l’aspect pratique de l’excavation ont influencé la conception des fondations. Enfin, la facilité d’assemblage a été une considération majeure dans la taille, la forme et l’aménagement du refuge. Les complications liées au porc-épic n’ont cependant pas été prises en compte.

Dès le départ, nous avons envisagé le refuge comme un hybride de bois massif : une ossature bois conventionnelle enveloppée sur tous les côtés de platelage à rainure et languette de trois pouces d’épaisseur. Cet assemblage a permis de créer une enveloppe solide, silencieuse et très résistante qui offre des performances exceptionnelles en matière de cycles thermiques et qui résiste en outre aux vibrations et au « tambourinage » fréquents dans les structures légères à ossature en bois en milieu alpin. Le Club alpin voulait une construction écoresponsable et simple dont l’esthétique s’intègre bien au paysage environnant. Le bois massif nous a permis d’atteindre tous ces objectifs sans avoir recours à de la machinerie lourde sur le site.

Les caractéristiques inhérentes au bois massif sont particulièrement bien adaptées aux particularités d’un tel refuge parce que la masse thermique de la structure permet d’atténuer les cycles thermiques dus notamment aux entrées et aux sorties constantes et à l’utilisation intermittente du poêle à bois. La structure de bois permet aussi d’absorber et d’évacuer l’humidité au fil de la journée et de la semaine au gré des conditions météorologiques en haute montagne. L’aménagement intérieur et l’attention portée à l’isolation acoustique entre les étages assurent que les personnes couchées ne seront pas dérangées par un grand groupe à l’étage supérieur, une amélioration bienvenue dans un espace de cohabitation comme celui-ci.

Comme l’ossature du refuge est en bois d’œuvre, nous avons pu utiliser des fondations sur pieux ponctuels, ce qui demande beaucoup moins de béton et moins de travaux d’excavation qu’une semelle filante ou un mur de fondation traditionnel. Moins de béton signifiait aussi moins d’heures de vol, moins de perturbations au sol et, enfin, un impact moindre sur le fragile terrain alpin.

Fin des travaux et perspectives d’avenir
Nous avons abordé ce projet avec une obsession pour la coordination et la continuité, et une planification extrême. Nos chefs de projet internes se sont occupés de tout, de l’aménagement et des concepts de conception lors de la préparation de la réponse à l’appel d’offres, de la préfabrication et de l’installation finale. Cette continuité, qui misait sur des concepteurs expérimentés qui construisent ce qu’ils ont eux-mêmes conçu, est un des principaux facteurs de la réussite de ce projet.

Le bois massif est souvent évoqué dans un contexte de densification urbaine et de stockage du carbone, mais dans un environnement alpin, ses avantages sont encore plus concrets. Le bois dégage une impression de chaleur dans un paysage hivernal. Il absorbe les sons de manière à ce que même les petits espaces soient calmes et tolère les variations rapides de température qui pourraient abîmer des systèmes de construction plus légers. Mais surtout, et c’est sa principale qualité dans un refuge en montagne, il vieillit bien.

Le refuge de Robson Pass est simple, pratique et beau, en plus d’être bien intégré au paysage environnant. Bien que le design soit modeste, il est d’une grande clarté. Le toit profond en porte-à-faux, les poutres de toit surdimensionnées et la géométrie nette de la charpente expriment bien les forces réelles à l’œuvre dans un environnement alpin, sans ornement ni fioriture architecturale. Le refuge a l’air fait pour le paysage, et non le contraire.

La Situation
Le Club alpin du Canada exploite un vaste réseau de refuges à travers le Canada, dont la plupart se trouvent dans les montagnes de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. La forme et la construction des cabanes varient considérablement : certains ressemblent à des refuges d’héliski, et d’autres sont des cabanes en tôle pour deux personnes, perchées dans des endroits vertigineusement improbables. À certains endroits, la faune est épineuse.

Le dernier ajout au réseau de refuges se trouve dans l’un des endroits les plus spectaculaires et les plus populaires de la Colombie-Britannique. Robson Pass est situé à la lisière du parc provincial du Mont Robson et du parc national de Jasper, entre les lacs Berg et Adolphus, avec une vue sur les faces nord et Empereur. Le mont Robson est le sommet le plus célèbre des Rocheuses en Amérique du Nord et le point culminant des Rocheuses canadiennes. Depuis plus de cent ans, il est le théâtre de premières ascensions et descentes éprouvantes et mémorables qui font écho aux exploits de Conrad Kain. Il n’y a qu’une seule manière d’accéder au site : en franchissant un sentier de 22 kilomètres avec plus de 1 000 mètres de dénivelé… ou, dans notre cas, en hélicoptère.

En un siècle, de nombreuses leçons ont été tirées, et le Club alpin du Canada a tenu à construire son dernier refuge en utilisant la technologie moderne pour éviter certains des problèmes les plus courants dans ces bâtiments uniques. Outre les préoccupations structurelles et environnementales évidentes liées aux constructions en milieu alpin, les principaux objectifs étaient de régler les problèmes d’humidité et de bruits normaux en présence d’un grand nombre de personnes et d’équipements mouillés dans un espace restreint, et d’améliorer le confort thermique général.

Le contrat de conception et de construction a été attribué à Ennadai Woodworks au début de l’année 2025. Les locaux d’Ennadai sont situés dans la ville montagneuse de Golden en Colombie-Britannique et sa petite équipe est fière de compter dans ses rangs des passionnés du travail du bois et du plein air. Les membres de notre direction passent en effet une grande partie de leurs temps libres à explorer la montagne et à y servir de guide, et dans un cas particulier, à participer à des courses au sein de l’équipe nationale de ski alpinisme.

À l’intérieur, le bois massif donne une impression de calme qui contraste avec l’échelle extérieure. La chaleur des planches bouvetées, les lourds poteaux en sapin et la façon dont l’intérieur retient la lumière contribuent à un sentiment de calme qui est rare dans les bâtiments en haute montagne. En fin de journée, quand le soleil se reflète sur la face nord du mont Robson et projette une douce lueur à travers les fenêtres, l’intention derrière le projet prend tout son sens : une structure durable et fonctionnelle entièrement façonnée par l’environnement qui l’entoure.

À la fin du mois d’octobre, à peine quatre mois et demi après que le premier coup de tronçonneuse, la construction du refuge était presque terminée. Cela tombait bien, parce que l’hiver était arrivé depuis deux semaines dans la montagne en nous enlevant notre douche. Nous avons déneigé nos tentes, plié bagage et laissé les porcs-épics vivre leur vie jusqu’à ce que le soleil se remette à faire fondre la neige dans six mois.

Le Club alpin du Canada s’occupera ensuite d’installer le mobilier et testera les systèmes au printemps. Nous attendons tous avec une grande impatience l’ouverture du refuge à l’été 2026!